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 Second mariage, Première alliance | Ernest

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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Second mariage, Première alliance | Ernest   Jeu 25 Mai 2017 - 15:32

<< D'esprit à espritLes premiers pas d'une Comtesse >>


Hiver - Elenwënas de la 4e ennéade de Verimios
9e année du XIe Cycle
Missède-la-ville

Un second mariage...

Pourquoi second et pas deuxième ?

Car elle espérait bien que ce serait le dernier !

En tout cas, celui-ci s'annonçait bien différent du précédent. Après tous ces jours de préparation, de considération et de discussions en tout genre avec les châtelains, les courtisans et les prêtres pour se mettre d'accord sur la surprenante modification qui allait avoir lieu durant la cérémonie, elle avait l'impression d'avoir partager plus avec son futur époux qu'avec le dernier en deux mois de vie commune. Et puis il y avait l'absence de mensonge qui existait pour l'instant entre eux qui lui avait permis de s'adonner sans arrière pensées à la magie durant les derniers jours pour garder son esprit occupé. Mais l'heure de vérité était venue à présent. Dans sa chambre du palais, alors que des odeurs de viandes et de pâtisseries rodaient dans les couloirs pour lui donner la nauser, Cécilie s'était levée aux aurores. Pour la seconde fois de sa vie, elle avait lancer tout ce fichu processus qui avait pour but de la rendre physiquement parfaite. Ni plus ni moins. Sa mère lui avait déjà dit une fois qu'elle ne serait plus jamais aussi belle que le jour de son mariage. Alors que Mathilde n'était même pas au courant de cette union, sa fille espérait sincèrement que pour le second, elle serait encore plus à son avantage, l'idée de ne pas pouvoir offrir au moins cela à Ernest par rapport à Enrico la dégoûtait.

Tout en sachant qu'ils avaient opté pour une cérémonie en petit comité suivit d'un bal restreint aux seigneurs fieffés et au représentant de Langehack qui avaient put se déplacé malgré les chutes de neige. Le lendemain auraient lieu les Hommages. A commencer par celui que le couple Comtal devait rendre à Linaelle à travers la personne d'Alcion d’Amderran et de Guilhem de Tall, invité en leur qualité de membre du Conseil de Régence de Langehack. Mais ils n'en étaient pas encore là.

Pour le moment, après des ablutions, lotions, potions, des baquets pleins de chaux, d'eau froide et autres eaux bouillantes à l'orpiment pour rendre sa peau lisse, pâle, dépourvue de la moindre rougeur ou du moindre poil, Cécilie avait déjeuné de quelques clous de girofles, coriandre et menthe pour blanchir les dents et vivifier l’haleine. Elle bénéficiait enfin d'un certain repos pendant que Rose et Azula s'affairaient à laver ses cheveux pour les débarrasser du cataplasme de pâte de miel, d'huile de noix et d'essence de violette dans lequel elle avait macérée toute la nuit pour que le cuivre luisant de ses mèches s’imprègne de la fragrance printanière.

Puis, pendant que la crinière qui lui battait le dos jusqu'aux genoux séchait à l'air libre, on la fit lever. Alors vint la robe qu'elle avait faite grandement retouchée pour l'occasion. Il était hors de question pour elle de porter une seconde fois la tenue qu'avait faite confectionnée sa mère. Elle aurait considéré cela comme un affront fait autant envers sa famille qu'envers Ernest.

Bien qu'ayant garder la longue chemise de dentelle, une pièce d'une rare délicatesse qu'elle n'avait pu se résoudre à dénaturer et qui n'avait finalement été sous les yeux d'aucun homme, presque tout le reste avait été réarrangé ou changé. Sans plus de sous-vêtements que lors de son premier mariage, elle avait passer ce léger carcan d'arabesque blanche qui lui allait encore comme un gant. Par dessus, une sous-robe fine, sans fioriture ni laçage, couvrait ses bras de manches larges et interminables, comme les aimaient les Missèdoises, tout en laissant voir la dentelle sur son cou et ses épaules jusqu'à la naissance de sa poitrine par un col bateau. Puis une sur-robe simple mais bien coupée dans un tissus lourd et épais pour suivre les courbes de la jeune femme sans la laissée mourir de froid. L'allure empesée de la tenue donnait une noble dignité à sa porteuse. Lacée dans le dos et alourdie de fleurs d'or et d'argent au plus bas du drapé, la robe en majorité blanche n'avait strictement rien à voir avec celle de la première tentative. Cette fois, pas une once de bleu nuit ne venait tâcher sa tenue d'ivoire et d'or. Une ceinture de brocard fermée par une magnifique broche d'or de cuivre et de vermeille en forme de fleurs, venait enlacer sa taille et marquer ses hanches. Ses courbes n'étaient pas aussi voluptueuses que deux années auparavant, même si l'angoisse et la guerre y étaient pour bien plus que l'âge, mais elles l'étaient davantage qu'à Diantra. Sa poitrine orgueilleuse, habituellement étrécie par les bandes qu'elle portait au quotidien, magnifiait sa silhouette bien plus qu'à l'ordinaire tout comme les bandeaux auburns qui bordaient son visage et drapaient l'une de ses épaules révélaient une certaine longueur que ses tresses et ses chignons cachaient la plupart du temps et la rajeunissaient de quelques printemps. Consciente de ce que cette alliance pouvait représenter sur le long terme, Rose avait tout fait pour se surpasser, ce qui n'était pas une mince affaire.

« Tu as bien repris contact avec Madame de Clairmont ?
- Comme tu me l'as demandé... Mais elle semble soucieuse. Elle ne sait trop que dire sur les d'Ethin de peur de te froisser.
- Qu'elle ne s'inquiète pas. Nous nous connaissons de longue date. Vu tout le beau linge qui vient un jour ou l'autre assister à ses salons d'artistes, les informations fusent. Qu'elle ne ferme les yeux sur rien. Ni sur les de Laval, ni sur les d'Ethin.
- Bien.
- Et pour Méliose ? Tu as eu des nouvelles ?
- Il reste au Palais malgré la perte de sa charge.
- Offre lui mes amitiés pour sa présence aux côtés de mon frère. Souligne bien le fait que je n'ai nulle rancœur envers lui. »

Plusieurs personnalités et idées furent rapidement égrainées pendant les derniers ajustements de la tenue. Une petite mise en jambe pour faire l'état des lieux des appuis qu'elle pourrait avoir si ces deux prochains jours tournaient de façon inattendue. Les premiers pas d'une Comtesse qui refusait de se retrouver une nouvelle fois comme une invité en sa propre demeure, ou pire... prise de court comme à Lourmel. Dans cette ville qu'elle connaissait si bien, les premiers éléments de la toile étaient déjà posés depuis bien des années. Elle n'avait qu'à heurter les fils pour savoir si les attaches étaient solides ou si le temps avait laisser la pourriture faire son œuvre.

Pendant ce temps, Rose et Azula continuaient à s'affairer. Ses souliers lacés, sa complexe coiffure faite de de liens et de bandeaux piqués d'un millier de perles blanches pour mettre en valeur la longueur et le volume de sa chevelure, les cils noircis, et quelques goûtes d'essence de rose et de muscade aux coins de la mâchoire ainsi qu'au creux des poignets. Elle pouvait enfin sortir de ses appartements... ou elle pouvait surtout attendre qu'on vienne la prévenir que son heure était venue...

… Enfin que sa nouvelle vie pourrait commencer.

Cette attente lui sembla d'ailleurs bien moins longue que celle qui avait précédé son calvaire dans la capitale. Un jeune serviteur en livré de fête frappa bientôt quelques coups à la porte. Il était temps d'affronter le regard de Missède.

Les forces vives de la citées s'occupaient de déblayer jours après jours les rues et les toits, cassant les couches de verglas, jetant la neige de l'autre côté des rempares ou la faisant fondre pour fournir de l'eau aux riverains. Mais aujourd'hui plus que tout autre jour, le parvis du temple de Néera et les grands places de la ville avaient été préparées avec soin. Les gardes, organisés en patrouilles soutenues regardaient d'un œil bienveillant la population profiter d'un léger répits dans ce rude hiver qui commençait à peine. Bien sûr, des mines soucieuses ou renfrognées ne se défaisaient pas si facilement, mais aujourd'hui était jour de fête et comme les invités du nouveau couple ducal n'avaient pas put tous faire le déplacement à cause du mauvais temps et des contingents diplomatiques de leurs propres terres, l'Intendant du Palais avait annoncé que, sur ordre du jeune couple, le surplus de la table Comtale serait offert au Temple pour que ses pauvres aussi puissent profiter de ce jour faste.

En début d'après-midi, alors qu'une foire réduite avait planté ses tentes et ses tréteaux pour une journée dans la Capitale du Comté, le cortège menant la jeune mariée du Palais au temple avait été lourdement gardé, Anthoine en tête. La foule déambulait bien moins intensément qu'à Diantra. Les bruits étaient différents. Les parfums qui évoluaient en volutes dans l'air gelé également. Par là, à en croire les rires et les harangues, des saltimbanques s'étaient sûrement installé. Par ici, un musicien solitaire. Sur le dos de Poudreuse, la tête droite et le maintien régalien, Cécilie sentait le froid de l'hiver lui gifler le visage, donnant une teinte rosée à ses joues qu'elle avait refusées de poudrer. Elle avait une pensée pour Manel, se demandant bien où la neige avait put le coincer s'il n'avait pas pu retrouver le chemin de Hautval. Puis son esprit dériva vers Maélyne et ses déboires. Les femmes étaient bien peu de chose dans cette perpétuelle tempête guerrière que semblaient tant affectionner les nordiens... Mais elle n'était plus dans le nord, elle, et elle devait s'en tenir à cela.

On lui donna la main pour l'aider à descendre. Les doigts gantés de Gaël puisque son père ne pouvait être là. C'était la première fois qu'elle se faisait cette réflexion, mais sans les cales qui durcissaient ses paumes et l'intérieur de ses phalanges, il avait des mains d'artiste bien plus que de guerrier. Il aurait  été un musicien hors pair...  Mais elle ne dit rien, le remerciant d'un sourire tandis qu'il maintenait les pans de sa robe pour sauver sa pudeur alors qu'elle mettait pied à terre. Quelle idée d'insister pour venir à cheval au lieu de profiter du confort d'une calèche tout de même, il aurait juste manqué qu'elle vienne en pantalon...

Arrivée près de la porte, la silhouette frêle de la jeune femme accrochée à celle plus haute mais tout aussi altière de son frère, il couvrit sa main.

« Je suis là. » murmura-t-il a son oreille avant qu'ils ne se tournent réellement vers l'entrée. « Je voulais juste te dire que... tu peux compter sur moi, Cécilie.
- Merci Gaël. »

Elle avait répondu avec un trémolo dans la voix. Il n'y avait rien de plus à dire sur un ton si sincère. Rien de plus que leur affection réciproque. Le jeune homme n'avait pas pu être présent lors du premier mariage de sa sœur, mais ce n'était certainement pas par choix, et malgré toutes les dissensions qui pouvaient exister entre eux, il ne l'aurait abandonné une nouvelle fois pour rien au monde.

Discrète, comme à son habitude, Rose restait en retrait, mais elle avait suivit le cortège. Elle n'était jamais loin, et aujourd'hui, comme à l'époque, elle se tiendrait là autant de temps qu'il le faudrait. Voilà aussi en quoi ce mariage différait du précédent. A Diantra, il y avait Maélyne et Jind... Peu importait ce qui avait été en fait. Aujourd'hui, elle était entouré de personnes qui lui donnaient leur affection et sur lesquelles elles pouvaient s'appuyer même dans les situations les plus complexes. Des personnes qui ne lui avaient jamais fait défaut et ne lui mentaient pas. Jamais.

Et lorsqu'au loin, la prêtresse fit un signe, Gaël s'avança d'un pas sûr et mesuré en direction de l'autel, relayant silencieusement à Cécilie le début d'une nouvelle page de cette histoire.

Moins grandiloquent, le théâtre de la cérémonie n'était pas moins impressionnant pour celle qui ne pouvait voir la différence de prime abord. Mais lorsqu'elle remonta l'allée centrale, elle nota la rapidité de la tâche. L’ambiance était moins figée, moins pesante, sans être réellement joyeuse. Elle entendit un bébé rire, quelque part dans le font de la salle, et un autre pleuré une fraction de seconde, sûrement le temps qu'avait mis sa mère à réagir. Un air de harpe flottait sur la foule tandis qu'elle avançait pas à pas, son manteau aux couleurs des de Laval pesant moins lourdement sur ses épaules que dans son souvenir. La solennité froide et oppressante de son souvenir n'était plus.

Alors que la coutume voulait que la mariée fasse les derniers pas de son périple seule, le jeune homme blond amena sa sœur très exactement à l'endroit où elle devait se placer avant de poser la main qu'il tenait sur le bras du fiancé afin qu'elle puisse se repérer un peu. Cécilie inspira profondément pour calmer le rythme effréné de son cœur. Oh ce n'était pas d'excitation ou de dégoût pour une fois. Plutôt d’appréhension. Elle pouvait sentir l'attention de la foule fixée sur sa nuque et celle de la prêtresse devant eux. La seule attention qu'elle ne redoutait pas était celle qui aurait du planée au-dessus de leurs têtes. Que Néera les observe ou non, ceci était un contrats séculaire bien plus que sacré, sinon il n'aurait eu pour but que d'élever les Souffles et de maintenir dans le droit chemin. Elle avait connu la plénitude d'un serment qui élève l'âme. Elle avait déjà connu ce sentiment d'unité sans même qu'il soit scellé dans la chair. Et ce n'était pas ce qui se déroulait ici. Mais cela n'enlevait rien à la portée du geste qu'Ernest et elle avaient décidé de consentir ensemble...  

Mais alors qu'elle tentait de décrisper ses épaules, la diction claire et puissante de la prêtresse s'éleva dans le temple malgré son timbre vieillissant.

  « En ce moment où Ernest Riwal Cerdic d’Ethin et Cécilie Hilde Aliénor de Laval se présentent devant Vous, ô Bienveillante Déesse, nous prenons l'engagement de faire respecter le Choix en Votre nom et selon Votre volonté car c'est dans la joie et sans contrainte que nous sommes rassemblés ici aujourd'hui pour unir deux vies.

   Soyez, ô DameDieu, témoins de ce Choix qu'ils font ici ,librement, et qu'ils auront à garder tout au long de leur vie. Donnez-leur d'être sincère comme Vous êtes sincère. Donnez-leur d'être bienveillant comme Vous êtes bienveillante. Donnez-leur d'être clairvoyants comme Vous êtes clairvoyante et que par la grâce de vos bénédictions, ils puissent faire le Juste Choix. »


« Gloire à la Déesse Mère. » reprit l'assemblée.

Une fois face à Ernest, une main parcheminée glissa sur le menton de la demoiselle dont le sourire se fit un peu plus rayonnant, mais pour des raisons que son vis à vis ne pouvait sans doute pas imaginer. Même avec tous les trésors de patience de cette prêtresse, elle ne pourrait pas plus regarder son futur dans les yeux qu'elle n'avait put observer le regard froid d'Enrico jadis. Pourtant, aux premiers mots qu'Ernest prononça, elle retrouva un sérieux implacable.
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Second mariage, Première alliance | Ernest   Dim 28 Mai 2017 - 21:00




À l’aube, la malepeur. Un soleil, noir, et iridescent. La fin d’un combat, la mise au tombeau d’une vie. Les derniers honneurs et les premiers devoirs. La palingénésie d’un homme, d’une femme, d’un monde. À l’aube, le crépuscule.


Les jardins du palais étaient encore déserts. La terre fumait d’une brume aussitôt épaissie d’un blanc de lait par la froideur de l’hiver. De ce frimas s’échappait un souffle, court, bondissant. Ernest se retint de crier de douleur, l’air glacial embrasant ses poumons. Son corps, transi, était secoué de frissons qui bafouaient d’un mépris outrageant les traits bien faits de ses muscles et les formes mâles et harmonieuses de sa chair. Ernest revint progressivement à lui, se réveillant, nu, dans le parc du palais comtal. Ses mains, ses pieds et son sexe déjà meurtris par l’engelure. Son cœur se mit à battre, émergeant lui aussi de sa torpeur, et, servant fidèle, s’acharnait alors à irriguer d’un sang chaud les lointaines extrémités du corps de son maître. Un dur labeur rendu presque impossible par l’immobilisme du jeune homme, stupéfié, en plein brouillard.


Ernest était resté plusieurs mois sans se retrouver dans pareille situation. Autant qu’il puisse s’en rappeler, la dernière fois avait eu lieu dans le delta, l’été dernier. On l’avait récupéré sur la plage de Deux-Verges, le village de pêcheurs, nu, les pieds dans l’eau, le visage tourné vers la lune. Mais à Isgaard, il y avait Alden ; lui connaissait l’infortune qui avait marqué la vie d’Ernest depuis son plus jeune âge. Il savait tout, avait appris à ne dormir que d’un œil et à guetter les signes qui annonçaient une nouvelle escapade nocturne de son lieutenant, son ami, son amant. Il avait compris qu’il ne devait pas le contraindre et surtout ne pas le réveiller. Il fallait attendre, le suivre, jusqu’à ce qu’il s’immobilise et alors, là, il pouvait le reconduire jusqu’à son lit. Alden avait passé des heures entières à accompagner Ernest dans ses déambulations inconscientes. Il l’avait vu marcher à travers un brasier, escalader des murs à main nue, voler un troupeau de bœufs, compisser des tombes, se rouler dans le purin. Il l’avait reconduit à son lit après avoir patiemment attendu qu’il s’endorme dans l’embrasure d’une haute fenêtre ou sur un toit. Alden ne l’avait jamais jugé pour cette malédiction qui ne pouvait être que l’œuvre d’Arcam. Parfois, au lever du jour, il en était même venu à oublier qu’il avait passé le plus clair de la nuit à crapahuter derrière Ernest. Peut-être même que ces épisodes renchérirent les sentiments qu’il avait toujours éprouvé pour lui ; une once d’attendrissement pathétique mais, aussi, une passion pour ce corps, souvent nu, toujours délicieux, qui, la nuit tombée, accomplissait des prouesses physiques et des actes démesurés autrement impossibles en plein jour ; Alden avait fini par vivre cette malédiction comme un spectacle de la nature dont il était le seul heureux témoin.


Pour autant, il n’était pas étranger à la souffrance que cela avait causé. Une des raisons qui avait poussé la famille d’Ernest à l’envoyer à Missède à un si jeune âge fut précisément cette malédiction. Le château de Balmuir était sis sur un promontoire rocheux vertigineux et la beauté de ses célèbres jardins suspendus, découpés dans la roche, était dangereuse. La peur que le jeune Ernest fasse une chute fatale conduisit une poignée de serviteurs à n’être chargés de rien d’autre que de s’assurer de sa sécurité. À l’époque, personne ne savait ce qu’Alden viendrait à découvrir plus tard : Ernest ne risquait rien, tant qu’il dormait, il aurait pu escalader le Rocher sans autre encombre que des bleus et des égratignures. Mais, une nuit où le jeune garçon échappa à la surveillance d’une servante, ce fut son père lui-même qui le retrouva, errant dans les jardins. Au bord du précipice, Ernest tanguait d’avant en arrière avec chaque bourrasque de vent. Philippe d’Ethin s’approcha à pas feutré, murmurant le nom de son fils, sans réponse. La peur de le voir chuter le décida finalement à agir et il agrippa l’enfant par les épaules pour le soustraire au vide. Le choc du réveil fut fatal. Le jeune garçon fut saisi d’une transe violente que son père, de tout son poids, ne sut contenir. On ne retrouva jamais le corps de Philipe d’Ethin qui se disloqua totalement dans sa chute interminable contre la paroi rocheuse. Au matin, une trainée rouge ornait la face sud du Rocher.


Ce souvenir avait toujours hanté les nuits d’Ernest ; celles qu’il passait au fond de son lit. Et il l’assaillait encore au matin de son mariage, tandis que son corps, tétanisé, ne lui permettait pas de rejoindre sa chambre. « Messire ? fit une voix à peine perceptible.
- Alden ? murmura Ernest.
- Valmin, messire, répondit un homme d’âge mûr, s’avançant à travers la brume. Jardinier du palais. Je… Tout va bien, messire ?
Ernest sentit ses jambes flancher.
- Ramenez-moi à ma chambre, dit-il dans un souffle avant de s’écrouler sur la terre endurcie par le froid. »



Un deuxième réveil. Dans un lit, cette fois. Grand-mère Edna se tenait à ses pieds. Son visage triste esquissa un sourire lorsque son petit-fils ouvrit les yeux. « Votre Grandeur, dit-elle avec malice.
- Vous êtes en avance, répondit Ernest en se redressant, fourbu.
- Une nuit agitée ?
- Qui est au courant ?
- Personne, le jardinier tiendra sa langue. Cette infortune ne vous a donc jamais quitté, mon enfant ?
- Moins fréquent qu’avant mais… non.
- Qui veillera sur vous à présent ? Alden…
- Alden est en poste à Isgaard. Ne vous inquiétez pas, je ne risque rien.
- Vous, non, répondit seulement la vieille femme l’air grave et le regard tendre.
Un silence s’installa au cours duquel tous deux se fixèrent. Finalement, Edna d’Ethin se retira, annonçant l’arrivée imminente des valets de chambre. L’esprit ailleurs, Ernest se laissa aller aux soins des domestiques et ne sembla revenir au moment présent que lorsqu’Irène fit irruption afin de s’assurer que les derniers ajustements de la somptueuse tenue or et pourpre qu’elle avait confectionnée pour son frère furent parfaitement rendus. « Ashal est arrivé ? demanda Ernest à sa sœur.
- Oui, répondit-elle, le visage rembruni.
- Je suis désolé, Irène.
- Nous avons tous un fardeau à porter, dit-elle après un silence qui illumina son regard de larmes.
- J’aurais préféré ne pas être celui qui t‘en accable.
Les valets apportèrent le parfum fraichement arrivé du pays estreventin qu’Ernest avait demandé et en appliquèrent sur son cou et ses mains ; le jeune homme n’avait jamais porté de telle concoction jusqu’à aujourd’hui mais il espérait que sa future épouse y verrait une attention particulière qui voudrait palier les affres de sa cécité par un ravissement du nez.
- Je suis impatiente de rencontrer la future Comtesse, reprit Irène en changeant de sujet. Comment se porte-elle ?
- Bien, aux dernières nouvelles. Chaque jour, nous apprenons l’un de l’autre.
- Qui l’eut cru, il y a quelques mois encore, que tu deviendrais suzerain de Missède et, plus encore, que tu te marierais à une de Laval. Je voudrais bien remercier les Cinq mais j’ai l’impression que tout cela n’est que le fruit de ton courage et de ta volonté.
- Ma volonté ? s’entendu dire Ernest.
Après un silence, Irène sembla hésiter à reprendre la parole. Finalement, elle prit le chemin de la porte après avoir embrassé son frère et dans le creux de son cou, elle murmura :
- Alden est arrivé à Missède, il y a une heure. »  
Des fourmillements grimpèrent aussitôt l’échine du jeune homme.



Plus tard, en fin de matinée, Ernest reçut la visite d’Alcion d’Amderran et de Guilhem de Tall. Les deux seigneurs langecins représenteraient le Duché lors de la cérémonie de mariage. Les discussions se tournèrent naturellement vers les affaires de régence. Le conseil avait travaillé d’arrache-pied à sortir Langehack de l’autarcie dans laquelle feue la Duchesse Méliane l’avait plongé. Il s’était agi principalement de rétablir les communications avec divers partenaires commerciaux et ceci avait été fait avec succès. « Aucune nouvelle de Nelen, grommela le Vicomte de Tall.
- Ni de Bohémond, ajouta Alcion d’Amderran.
- Nous nous devons faire montre de patience vis-à-vis du Roy, répondit Ernest. Quant à Nelen, c’est peut-être un mal pour un bien. Le baron reste une figure de l’ère de Lancrais.
- Et le Langecin a besoin d’une renaissance.
- Doit-on l’écarter définitivement ? demanda Guilhem de Tall.
- Non, attendons de voir sur quel bout de terre le jeune Roy compte faire ses dents. »
Ils acquiescèrent puis quittèrent la pièce. Il n’était pas anodin que Missède siégeasse au conseil de régence de Langehack. Ces hommes savaient ô combien ils étaient redevables au Comté pour les avoir sortis de la fange. Très peu en avait conscience, mais les grands de Langehack n’oublieront pas : l’abdication de Méliane de Lancrais était l’œuvre de Missède. Et leur présence au mariage du Comte et de la Comtesse portait tout autant les marques de l’office qu’ils représentaient que celles, beaucoup plus subtiles, de leur allégeance.

 

Dans le temple, Ernest évita soigneusement tous les regards, même si, en réalité, il n’y en avait qu’un seul auquel il souhaitait véritablement échapper. Comment était-il possible qu’Alden se trouve à Missède aujourd’hui ? On ne l’avait pas informé que le Gouverneur d’Isgaard avait quitté le delta. Irène avait dû faire erreur. Ces spéculations s’évanouirent subitement lorsque le jeune homme sentit une main se poser sur son bras. Il n’avait pas remarqué la mélodie de la harpe annonçant la procession de sa future épouse. Cécilie était resplendissante, assez pour ramener fermement Ernest au moment présent. La prêtresse s’approcha et entama son discours. Puis, amenant les visages du couple à se faire face, Ernest comprit que c’était son tour et prit la main de Cécilie, « Moi, Ernest Riwal Cerdic d’Ethin, choisis librement de prendre comme épouse Cécilie Hilde Aliénor de Laval. Et devant tous les dieux, je fais le serment de la protéger, de l’honorer, de lui rester fidèle, de faire son malheur… » Il était là, un peu à l’écart. Alden de Béjarry se tenait parmi la foule de privilégiés qui avaient pu accéder au temple. Ernest sentit sa gorge s’assécher. À la vue de tous, il semblait regarder Cécilie mais ses yeux avaient glissé au-delà d’elle. La prêtresse se résolut finalement à poser sa main sur l’épaule du jeune homme pour le faire reprendre après un silence de quelques secondes. « … mon malheur, et ses intérêts, mes intérêts. Deux Souffles, une seule vie. » Ernest resserra légèrement la main de Cécilie dans la sienne comme pour s’excuser de cette absence momentanée.




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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Second mariage, Première alliance | Ernest   Lun 29 Mai 2017 - 23:43


Lorsqu'Ernest serra sa main selon la coutume, une seule pensée, obsédante, sciait les nerfs de la jeune femme.

Trois fois...

Elle avait vingt-et-un ans et avait déjà entendu ce serment trois fois à son endroit.

De trois hommes...

Le premier mort et le deuxième abjuré pour que le troisième puisse les prononcer à son tour.

Elle faisait ce qu'elle pouvait pour ne pas laisser son cœur se serrer, mais l'empreinte de trois mains se disputaient la sienne à ce moment précis. Maintenant qu'elle y pensait, elle n'avait jamais demandé à connaître le visage d'Ernest et celui d'Enrico resterait probablement un mystère à tout jamais.

Elle n'avait pour elle que le souvenir de ces trois mains.

Pour un seul visage rude...

Sa gorge se serra mais elle tint bon, souriant faiblement à celui qui lui faisait face. Quelle que soit la cause de cette absence, elle ne lui en voulait pas. Peut-être même était-ce un simple trou de mémoire, ces mots ne devaient pas être si ordinaires pour lui.

Tout cela s'était déroulé si vite... En l'espace de quoi ? Un an ? Et pourtant aucun de ces serments n'avait la même signification ni la même portée. Derrière les mots se cachaient des volontés, des idées, des histoires et des sentiments bien différents. Deux Souffles, Une seule vie... Oui, pour le temps qu'elle durait jusqu'au prochain cape. Ne passait-on pas son temps à mourir chaque soir et à renaître avec le jour, changé à jamais par les actes et les pensées de la veille ? Incapable de revenir un jour à ce que nous avons jadis été...

Le mariage était un deuil. Cécilie l'avait appris à ses dépends. Pour certains c'était la liberté. Pour d'autres les espoirs, les rêves ou même les sentiments. Elle y avait perdu son Futur.

Les mots prononcés par la prêtresse, par Ernest. L'écho du temple et les murmures de la foule. Un garde qui piétinait dans son armure. L'air froid qui vous collait à la peau. Maintenant qu'elle était là, sur le bord du gouffre, tout lui rappelait sa lâcheté. La main dans la sienne lui paraissait plus grande, plus épaisse. Ici, une cicatrice sur le bord de l'auriculaire. Là, le creux d'une morsure ayant arracher un peu de chair près du pouce. La paume et les phalanges caleuses. Abîmées. La prise sure et précise. Elle chassait de son esprit la voix semblable à un éboulement de roc. Un souvenir si précis qu'il ramenait le bruit de son pas, la sensation de la broche métallique au milieu de leurs doigts mêlés. Elle ne sentait plus cet étrange parfum musqué et finement travaillé pour paraître mâle, mais l'odeur de pin, de grand air, de vernis et de cuir qui flottait toujours au-dessus de celle de Sa peau, se mêlant à celle de la sueur lors de leurs voyages d'été. Vivant... Tout cela était si vivant... Elle n'aurait eu qu'un pas à faire pour se pendre à son cou et...

… La pression des doigts sur son menton lui signalant que c'était à elle la ramena brusquement parmi les vivants. La main qui serrait la sienne était bien faible, l'odeur trop forte toujours aussi richement travaillée. Elle se serait sûrement mise à trembler si tous les efforts de ces derniers jours n'avaient pas eu pour objet de palier ce qui n'avait pas manqué de se produire. Le carcan de volonté et de concentration qu'elle s'imposait tenait bon. Depuis qu'elle explorait sa propre mémoire et le monde de l'Esprit, depuis ce jour où son mentor avait reconstitué les morceaux épars de sa psyché, certaines réminiscences surgissaient dans toute la réalité de l'instant auquel elles appartenaient, ramenées par des impressions similaires. Le goût, le touché, les sons, les odeurs. Tout comme au premier jours. Mais son expérience lui avait permis de mettre sous clef l'élément le plus dangereux en ce jour dédié au paraître : l'émotion.

* Demoiselle, avant que vous ne partiez, je voulais vous parlez de... Enfin... Durant nos leçons dernières leçon, j'ai cru remarqué qu'une partie de votre esprit était lointaine.
- Quand la volonté ne suffit pas à faire ce qui est juste, nous pouvons nous appuyer sur la magie. N'est-ce pas ce dont vous vouliez que je me souvienne ?
- Si... Mais ce que vous faites... cela ne pourra toujours fonctionner.
- Pour l'instant c'est le cas. Peu me chaut du reste. *

Sans que son visage altier n'ai montrer le moindre trouble, le sourire discret qu'elle avait adressé à Ernest laissant encore son ombre sur ses traits, elle ne trembla pas. De sa voix forte et mélodieuse entraînée par ses années de chant, Cécilie n'hésita pas à prononcer ses vœux lorsque la main droite de son époux s'empara de la sienne comme le voulait le rite. Caleuse. Sûre. Cette main en disait long sur lui. Et d'une certaine façon, elle trouvait agréable la façon franche avec laquelle il avait serré ses longs doigts légèrement déformés par les cordes de ses instruments.

« Moi, Cécilie Hilde Aliénor de Laval, choisis librement de prendre comme époux Ernest Riwal Cerdic d'Ethin. Et devant tous les dieux, je fais le serment de le soutenir, de l’honorer, de lui rester fidèle, de faire de son malheur, mon malheur, et ses intérêts, mes intérêts. Deux Souffles, une seule vie. »

La seconde main du jeune homme vint joindre celle qu'elle lui tendit sans qu'elle n'éprouve le moindre trouble. Attentive à ce qu'il se passait, son esprit s'était toutefois encore accroché à un détail sans relation avec le gros des événements. En prononçant son nom complet, la consonance Nordienne et même presque Wandraise du second prénom du seigneur du Rocher avait presque choqué son oreille. Une broutille dont l'incongruité lui plaisait assez en miroir au 'Hilde' que sa mère lui avait donné pour honorer l'une des fondatrices de la lignée de Lourmel.

  « Réunis devant les hommes et les dieux, cet homme et cette femme ont fait vœu de toujours être là l'un pour l'autre. Sur ce serment, ils bâtiront leur futur.

Ensemble, et selon l'ancienne coutumes, ils ont également fait le vœu de s'unir sous le nom d'un de leurs aïeux pour leur rendre hommage. Aujourd'hui et pour leur reste de leur vie, Ernest d'Ethin et Cécilie de Laval prennent le nom d'Ernest et Cécilie de Missède.

Vous qui êtes ici aujourd'hui, soyez témoins de leur Choix.  »


Un murmure électrique parcouru l'assistance. Certains seigneurs étaient rebutés, à n'en pas douter. Certains appréciaient le geste qui avait lieu aujourd'hui, une alliance de deux vieilles familles désireuses de faire renaître une lignée moribonde et un passé glorieux. Mais la plupart de comprenaient et ne comprendraient pas ce choix. Qu'ils soient bourgeois, nobles ou gueux, beaucoup y verraient une tentative d'usurper l'honneur d'un nom qu'ils n'avaient qu'en théorie pour simplifier leurs démarches personnelles. Mais à ceux là, elle espérait bien que le temps donnerait tord. Et en attendant, il faudrait satisfaire au mieux les exigences des mécontents et des septiques. Ernest et elle y étaient préparés... Du moins elle l'espérait.

Elle reçu le lourd calice, l'officiante plaçant avec précaution ses jeunes mains autour du pied dont les ornements métalliques lui piquaient les doigts.

On s'empara de son lourd manteau. Elle l'entendit tomber au sol dans un bruit pesant. Elle frissonna, un vent insidieux se glissant comme un nœud coulant autour de son cou jusque là protégé par la pelisse aux bords fourrés. Un second bruit de chute. Un murmure surpris ou indigné dans l'assistance. Quelques gestes éparts. On s'approchait de nouveau d'elle. Un claquement de tissus dans l'air et un manteau tomba de nouveau sur ses épaules. On prit le temps de l'ajuster de manière à ce qu'il ne risque pas de tomber.

Elle n'avait pas besoin d'y voir pour savoir que ce n'était pas le griffon du Rocher qui ornait le pardessus dont Ernest venait de la couvrir mais bien la Salamandre de Missède... Et elle ne savait si cette simple idée le rendait plus lourd ou plus léger.

Les mains d'Ernest joignirent bientôt les siennes.

«  ô Bienveillante Mère des hommes, devant Vous nous nous agenouillons. Bénissez cette union. Bénissez de votre grâce vos enfants Ernest Riwal Cerdic de Missède et Cécilie Hilde Aliénor de Missède qui aujourd'hui se consacrent dans le mariage. Que votre bénédiction descende sur eux et leur permettent de rester sur la bonne voie, main dans la main. Qu'ils trouvent le bonheur en se donnant l'un à l'autre, qu'une descendance vienne embellir leur foyer. Dans la joie, qu'ils sachent vous rendre grâce ; dans les épreuves, qu'ils se tournent vers vous ; que votre présence les aide dans leurs tâches quotidiennes. Dans la tristesse enfin, qu'ils vous trouvent à leurs côtés afin que vous allégiez leur fardeau et que marqués de vos signes, ils sachent se garder l'un l'autre des tromperies et de la vilenie.  »

En posant ses lèvres sur le calice, un sourire cynique faillit se frayer un chemin sur le visage doux et gracile de la jeune femme. Le breuvage sanctifié lui sembla acre. En buvant la même coupe que sa nouvelle compagne, comment Ernest aurait-il put savoir qu'un Blasphème piquait le cœur d'un tel oiseau ?

«  Embrassez-vous, et par ce baiser vous devenez mari et femme. Le serment prêté devant les dieux est sacré. Nul Homme ne peut le disjoindre et maudit soit celui qui se met entre eux. »

Si Arcam le veut...
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Second mariage, Première alliance | Ernest   Ven 2 Juin 2017 - 16:31




Le changement de nom avait été gardé secret. Et bien que ce fût une prérogative qui leur revenait de droit, le couple avait voulu éviter bavardages, levées de bouclier et toute tentative de dissuasion. Il n’en restait pas moins que la surprise de l’audience était palpable et que le choc de certains devait être d’autant plus appuyé au sein des invités éthiniens. Tout le monde savait que le Rocher avait été le dernier des fiefs à rejoindre la baronnie et que, à l’époque, les hommes d’Ethin auraient tranché la gorge à quiconque osait mentionner le nom de Missède. Si la société missèdoise reposait encore et toujours sur ces rapports de forces qui la virent naître, Ernest était convaincu que les réfractaires du moment se rendraient vite compte du bien-fondé de cette décision. Pour l’heure, néanmoins, le Comte n’aurait su y accorder plus d’attention. L’étrange sonorité de son prénom accolé au patronyme de Missède ne le détourna même pas de ce qui l’obnubilait présentement : le visage d’Alden dans la foule. Il se trouvait parfaitement incapable de traduire les émotions qui s’en dégageaient, et son cœur s’emballa d’affliction.



Ernest et Cécilie, tous deux couverts des manteaux salamandrins, burent au calice que leur présenta la prêtresse puis se retrouvèrent face à face au moment où leur union devait être scellée par un baiser. Cet échange annoncé soutira le jeune homme à ses tribulations. Il n’était plus question de faire marche arrière ; et si Ernest n’en avait nullement l’intention, il fut pris d’une certaine anxiété à l’idée qu’une simple rencontre de leurs badigoinces entérinerait le choix qu’ils avaient fait, à jamais. Il la regarda comme s’il la voyait pour la première fois. Elle restait une étrangère à ses yeux et, d’une certaine manière, elle le demeurera éternellement : l’étrangère qu’il avait choisie. Peut-être était-ce finalement tout ce que l’on pouvait espérer d’un homme libre, quasi libre, amené au mariage ; qu’il puisse choisir son étrangère. Les lèvres du jeune comte se posèrent sur celles de son épouse. Aussitôt, telle une rafale, les chœurs de Brimbalroc et les orgues du temple s’extasièrent de concert, un soulèvement sonore qui suscita le sursaut du jeune homme.



La foule suivit le nouveau couple comtal qui marcha jusqu’au palais. Malgré le froid, on était venu de toute la région pour apercevoir le Comte et la Comtesse de Missède à la sortie du temple. Tous les Vertueux de la ville avaient été mobilisés pour assurer la sécurité de cette procession. Il s’agissait de saluer le peuple et de se montrer. « Nous l’avons fait. » murmura Ernest pour lui-même, mais de manière assez audible pour que Cécilie l’entende. Ils l’avaient fait, et tout restait à faire. Le couple était à présent responsable de la pérennité du Comté de Missède et cette stabilité passait par une nuit de noce fructueuse, mais pas avant un somptueux banquet.




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MessageSujet: Re: Second mariage, Première alliance | Ernest   Sam 10 Juin 2017 - 21:03


Cette fois, elle entendit les clameurs de joie et les silences de désapprobation. Cette fois, elle sentit le jour de fête qui se préparait à l'extérieur. Au lieu de monter à cheval pour être visible de tous, ils avaient préféré marché avec la procession. Une mesure de sécurité tout comme un symbole fort... Bien que Cécilie ait craint que le sol gelé soit sans pitié pour ses chaussures de fête. Heureusement, comme pour parachever le symbolisme de la scène, le bras d'Ernest était suffisamment sûr pour lui éviter à plusieurs reprises de trébucher sur le sol inégal.

Lorsqu'elle entendit la voix à la fois soulagée et tendue de son fut... de son époux, la jeune dame ne répondit rien mais sa main serre doucement l'avant bras sur lequel elle était posée.

Oui, ils l'avaient fait. Ensemble. Comme ils s'étaient promis de faire tout ce qui viendrait par la suite. Elle ne savait pas combien de temps cela durerait et elle ne connaissait pas encore assez cet homme pour être certaine de pouvoir lui faire confiance, mais s'ils continuaient de se dire la vérité, quoi qu'il arrive, elle pourrait peut-être vivres quelques années sans voir d'autres proches mourir et sans que Missède n'implose. Ne serait-ce que cela pourrait être une belle victoire.

Lorsqu'enfin la procession arriva au palais, les portes de la salle de bal furent ouvertes toutes grandes. Suspendu à la croisée des mondes, Missède avait pris l'amour de la bonne chair des banquets nordiens et la frivolité des bals suderons. Un grand diné gastronomique était organisé pour les privilégiés avant que l'air froid de la nuit ne s'emplisse de musique. Les chandeliers et les murs croulaient sous les torches et les bougies. Des braseros avaient été ajoutés aux quatre coins du palais pour luter contre l'absence d'isolation des grandes fenêtres de l'architecture missèdoise.

En attendant que le diné soit annoncé, une coupe à la main, les nobles parlaient de choses autrement plus importantes que les sujets du commun comme du giron bien conservé de la Dame de Roch et son début de quarantaine malgré le fait qu'elle soit grand-mère ou des aventures prodigieusement ridicules du frère du régent d'Ybaen lors d'une fameuse partie de chasse durant l'été. La ronde des félicitation et des cadeaux de mariage commença également, dégageant la suite des festivité des plus lourdes obligations. Les question de dote et de douaire avaient été réglées en amont, heureusement, et le contrat signés en bonne et due forme la veille au soir. Perdant tôt le fil des présent et des flagorneries, Cécilie n'essayait que de retenir l'identité des personnes présentes. Celles qui avaient put se déplacer malgré le gel et celles qui avaient du se résoudre à envoyer un message et à prévoir un présent plus conséquent pour leur prochaine visite. Il y avait des voix qu'elle connaissait, d'autre qui ne lui disaient rien. Des mots fantasques sur sa tenue, sur la fête, sur le changement de nom, sur la beauté viril de son mari, prononcer par des femmes aux intonations si semblables qu'elle les confondaient. Ernest à son côté, elle laissa échappé un discret soupire de soulagement lorsque vint l'heure de passer à table. Étrangement, elle ne gardait que bien peu de souvenirs d'une situation semblable à Diantra...

Sûrement en bout de table, comme le préconisait l'étiquette, le couple Comtal s'assit, la jeune femme à la gauche de son mari alors que le plus illustre de leurs invités prenait place à sa droite. Dans le brouhaha de la grande salle, il était difficile de se repérer pour la jeune femme et cela en devenait rapidement épuisant. Malgré l’appréhension qu'elle éprouvait, elle avait une certaine hâte de prendre un peu de distance avec ces mondanités. Un peu de calme...

Pourtant, avant que les plats ne soient servis, elle se pencha du côté d'Ernest pour lui demander si son verre était correctement remplis avant de tâtonner pour s'en emparer. Sa coupe de vin rouge à la main, ses yeux bleus fixés sur l'horizon, elle se leva, faisant sonner un couvert contre le verre jusqu'à ce que l'attention lui soit acquise tout comme le silence.

" Seigneurs et Dames de Missède, je pense pouvoir parler également au nom de mon époux en vous avouant notre bonheur de vous voir assembler ici en ce jour. Les derniers mois, peut-être même les dernières années, furent difficiles pour beaucoup d'entre nous, mais c'est un message de réunion et de paix que mon mari et moi voulons porter ce soir et chaque jour de notre vie à partir d'aujourd'hui. Si j'imagine que certains craignent que notre jeunesse nous rende prompt à l'erreur, sachez que nous ne comptons en aucun cas faire fi du Conseil des Vassaux. Et si c'est la sagesse de l'âge qui vous rassure, nous seront on ne peut plus attentif à l'aide discrète de Messire de Palbleu pour tempérer notre fougueux tempérament. "

Quelques rires retentirent alors que le gros et gras conseiller Raymond de Palbleu, un courtisan connu pour sa sagacité autant que pour son franc parlé et ses argumentations aussi tempétueuses que sonores, se levait en saluant l'assistance de sa noble calvitie... Rires qui s'intensifièrent lorsque son ventre resta un instant bloqué sur la table lorsqu'il en vint à vouloir se rasseoir. Fort heureusement, l'homme conclut l'affaire d'un bon mot auquel Cécilie répondit sans démériter, conservant l'humeur enjouée du moment. Devant la décontraction ambiante, la jeune Comtesse osa donc franchir le pas qu'elle hésitait encore à sauter et repris d'une voix claire et posée qui trahissait l'habitude qu'elle avait de parler en publique.

" Je sais que certains d'entre vous ont été surpris de notre choix. Surpris du nous étendre appeler des 'de Missède' pour conclure cette alliance. En bien ou en mal, cela vous appartient. Je ne tenterai pas de vous convaincre que nous avons agi correctement, mais j'espère que vous comprendrez que nos intensions, elles, sont sans tâche.

Jadis, Missède est née du sang, des morts et de la foi inébranlable de quatre familles qui se déchiraient comme les d'Ethin et les de Laval ont risqué de le faire ces derniers temps. Parmi elles, les de Missède, par leur force, leur dévotion et leur justice, ont su diriger notre belle baronnie, générations après générations, jusqu'à ce que la Péninsule entière oublie quel feu guerrier et fratricide avait animé les Missèdois. Jusqu'à ce que Missède soit synonyme de Culture, d'Honneur, d'Ouverture, de Commerce et de Savoir, plutôt que de guerres et de meurtres. S'ils n'ont pas été parfaits, ils ont toujours agis la tête haute, avec Vérité et Vertue."


Telle était la devise des de Missède. Ce ne fut qu'en prononçant ces deux mots chargés de sens qu'elle se rendit compte d'à quel point elle comprenait et respectait l'homme qui avait voulu faire d'eux la ligne directrice que suivraient tous ses descendants.

" Vérité et Vertue ! "

Cécilie sursauta presque en entendant l'écho. Reconnaissant la locution, plusieurs personnes la reprirent en levant leur verre, office respectueux envers une lignée que tous pensaient jusque là à l'agonie. Un sourire à la fois doux et fier se glissa sur le visage de la jeune Comtesse.

" Nous prenons humblement exemple sur les générations passées et croyez bien que ce n'est en aucun cas par orgueil que nous avons décidé d'abandonner notre lignée de naissance. L'amour que je porte au nom des de Laval ne s'éteindra jamais. Mais c'est par respect pour leur héritage, et parce que l'avenir de cette baronnie va bien au-delà de la victoire d'une lignée sur une autre, que nous avons, Ernest et moi, décidé de prendre le nom des de Missède pour preuve de notre engagement mutuel. C'est avec le cœur emplis de courage et bienveillance que nous mettons notre Souffle au service d'un futur rayonnant où chacun se rappellera la véritable signification du mot Honneur. "

Elle laissa planer un léger silence avant de lever son verre. Les raclements de chaise de ce qui souhaitaient se lever pour l'accompagner suivirent son mouvement.

" Pour fêter la Vérité qui nous unis sous les yeux divins de notre Mère et la Vertus de chaque homme et chaque femme de Missède, j'aimerai porter un toast à l'avenir de notre Baronnie devenue Comté grâce à nos prédécesseurs. A l'avenir de Missède !"

" A l'avenir de Missède !" reprirent les invités en un cœur proche de la perfection.

Avant de prendre une gorgée, elle chercha une seconde la main d'Ernest. Trouvée ou non, le liquide qui glissa sur ses papille était bien moins amère que celui du temple.

" Mais je parle pendant que vos ventres sont vides. Peut-être que la première chose que je devrai apprendre de mes aînés est d'être plus concise...
- Désolé, la concision n'est pas plus dans mes attributs que la légèreté ! lança Raymond de sa voix de stentor.
- Hélas..." renchérit la femme à son côté avec un air navré, déclenchant les rires de l'assistance avant que les brus de couverts, de mastication et les discussions de rigueur autour d'un bon repas ne redevienne la cohue sonore à laquelle Cécilie aurait volontiers échappé.
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Second mariage, Première alliance | Ernest   Lun 12 Juin 2017 - 20:10




Alors qu’il s’asseyait à la table principale, Ernest aperçut Alden qui prenait place à une table annexe. Le gouverneur d’Isgaard était en pleine conversation avec Octave de Bayard, capitaine des Vertueux. Les deux hommes semblaient prendre plaisir à se retrouver. Ernest, lui, ne comprenait toujours pas ce qu’Alden faisait en ces lieux mais il se refusait tout autant à engager une quelconque discussion avec lui ici, au su de tous ; il fit néanmoins signe à un domestique de s’approcher et lui murmura quelques mots à l’oreille que celui-ci alla répéter à Alden aussitôt. Le visage du gouverneur se crispa. Satisfait, Ernest reporta son attention sur sa tablée et sur son épouse. Celle-ci ne tarda pas à faire un discours applaudi par toute la noblesse présente. Néanmoins, le Comte remarqua l’inconfort de son épouse. Il ferma les yeux un instant et tenta de s’imaginer ce qu’elle pouvait bien ressentir. Il comprit vite mais ne sut quoi dire ni que faire ; il pouvait imaginer son infirmité mais il ne saurait jamais ce que c’est que c’était que de la vivre ; il lui suffirait toujours de rouvrir les yeux pour regagner le monde qu’il connaissait. Mais lorsque les plats arrivèrent bientôt en abondance, Ernest eut une idée : il se mit à décrire en détail chaque met qui passait devant eux. Non pas à l’aide de couleurs ou de caractéristiques qui ne signifieraient rien pour son épouse, aveugle de naissance, mais à travers les sensations que la boustifaille lui procurait. Le castor en croûte le rebutait, mais le cochon de lait et sa sauce aux oignons l’appâtait bigrement. Une fois leurs assiettes bien remplies, Ernest, chaque fois qu’il pouvait se libérer d’une conversation avec son entourage, entreprit de commenter sur ce qui se passait dans la salle. À voix basse, assez audible pour que seule son épouse puisse l’entendre, il raillait les multiples scènes de mondanité qui se jouaient autour d’eux.


Et finalement, un peu plus tard, avec le plus grand sérieux, il lui dit : « Ils n’ont d’yeux que pour vous, Cécilie. Chaque gorgée de vin, chaque bouchée de perdrix aux choux, chaque risette et chaque murmure, sont entrecoupés d’un regard coulant vers votre personne. Vous bénéficiez déjà d’une qualité essentielle à ceux qui se prévalent du port de la couronne : vous êtes différente, et ils le sentent tous. Vous ne pouvez les voir et, pourtant, ce sont eux qui s’agitent à l’idée de ne savoir vous regarder. Vous les aveuglez, Cécilie. Ne l’oubliez jamais, finit-il en relevant la tête de la Comtesse d’un simple doigt glissé sous son menton.


Aussitôt, Ernest se leva et fit tinter sa coupe afin d’appeler le silence. Ceux qui ont connu mon frère et mon grand-père savent qu’ils avaient le verbe truculent, enflammé et qu’ils le maniaient avec sagacité. J’ai bien peur que mon éducation soldatesque ne m’ait pas laissé l’opportunité de composer pareille éloquence. Les Gardes de la Bibliothèque y passent au final très peu de temps. Quelques rires émergèrent. Je ferais donc très court. Ni moi, ni la Comtesse, ne nous tenons devant vous aujourd’hui parce que la charge qui nous incombe désormais nous échut sans encombre. Personne ne saurait se targuer d’avoir entrevu la situation qui est la nôtre. Cependant, qu’aucune erreur ne soit faite : les dés d’Arcam n’y sont pour rien. Nos vies respectives ont été semées d’embuches, autant d’épreuves que nous avons surmontées sous la bienveillance de la DameDieu, et chacune d’entre elles nous a conduit à ce jour. Aujourd’hui, nous nous unissons avec une vision commune pour le Comté. Nous nous tenons devant vous avec hardiesse, détermination et l’assurance que nous incarnons un pouvoir fort qui saura guider Missède et son peuple au travers de moments d’adversité et de félicité. Nous sommes prêts à prendre des décisions qui n’ont que trop tardé et d’ici à la fin de l’hiver, nous mettrons à l’étude de nombreux projets qui feront prospérer et rayonner Missède de gloire et de vigueur. Nous nous tenons devant vous, aujourd’hui, avec une seule requête : nous vous demandons de prendre place à nos côtés. » Ernest se tût et un silence plana avant qu’Alceste de Gwydir, sénéchal nouvellement nommé et oncle d’Ernest, ne se lève d’un bond, son verre levé haut, et ne dise d’une voix calme mais forte : « Vérité et Vertu. » Et le reste des nobles se tinrent debout comme un seul homme en répétant la devise de Missède inlassablement au cours de plusieurs refrains.




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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Second mariage, Première alliance | Ernest   Mar 13 Juin 2017 - 23:36


Croyant d'abord à une coïncidence, l'endurance d'Ernest à lui décrire mine de rien de menus détails de ce qui les entourait finit par craqueler le masque de marbre de la jeune Comtesse d'un sourire aussi sincère que discret. Les détails qu'il portait à son attention n'avait que bien peu d'importance, si Rose lui exprimait certaines choses à voix haute lorsque qu'elle estimait que cela pouvait nuire à son amie de ne pas les connaître, Cécilie n'avait pas grand intérêt pour ce qui restait hors de sa conception du monde. Même le meilleur conteur ne peu rendre une scène aussi vivante que la réalité perçue par les sens de son auditeur. Ce qu'elle appréciait tout particulièrement en revanche, c'était l'attention que ce simple fait démontrait de la part de son époux. C'était comme... comme s'il avait peur qu'elle puisse se sentir mise de côté. Ou peut-être simplement cherchait-il une façon de lui être agréable, ou de partager encore un peu ce qui leur arrivait en ce jour. Dans tout les cas, sa galanterie était charmante. A chaque fois qu'elle le sentait se pencher légèrement à son oreille, la jeune dame se prêtait au jeu de ce badinage sur un ton enjoué, répondant bons mots et détails que l'ouïe seule pouvait attraper au vol.

Et le cochon de lait était en effet succulent !

Les conversations allaient bon train et les plats pensés pour l'occasion semblaient régaler toutes les langues, même les plus acides. Si bien que le repas toucha peu à peu à sa fin. Alors, Cécilie sentit une main glisser son son menton, flattant le haut des dentelles pour relever son visage du bout des doigt. Le port de la couronne ? La différence ? Elle frémit.

" Vous les aveuglez, Cécilie. Ne l’oubliez jamais. " susurra la voix mâle de son compagnon.

Insensé...

Elle n'eut même pas le temps d'aligner deux pensées qu'Ernest bougea tout de go, commençant à discourir. Elle mit quelques instants à entrer dans la scène qui se jouait, son oreille manquant les premières phrases. Laissant finalement en paix l'étrange impression que lui avait fait la précédente déclaration, le reste l'amusa intérieurement. Il se montrait aussi énergique, concis, hardi et tourné vers le futur qu'elle avait assis les bases de leur investiture avec prudence, respect et traditionalisme dans son propre discours. Pourtant, ils sonnaient juste tous les deux et elle doutait qu'ils puissent arriver à une coordination plus juste encore, même en préparant leurs interventions respectives. Ils ne disaient peut-être pas tout. Ils n'avaient pas exactement le même point de vue. Mais exprimée avec leurs propres mots et leur propre façon d'aborder les choses, leurs volonté se rejoignaient sur la création d'un avenir prospère pour leur peuple. Ils avaient parlés vrai, et cela ne pouvait que se sentir. Si ce premier discours pouvait être le prémisse ce leur façon de fonctionner sur le long terme, alors elle ne pouvait que s'estimer heureuse.

Sans qu'elle ne se soit mise debout, craignant de heurter quelqu'un, la voix de Cécilie s'était jointe aux clameurs, son verre levé avec entrain. Peut-être l'alcool participait-il a la bienheureuse chaleur qui montait au cœur de la jeune femme en entendant ces voix, dont la sienne faisait partie, mêlées en une seule. Peut-être que a méfiance à peine érodée lui laissait espérer des lendemains un peu trop radieux. Mais ce soir, en entendant les seigneurs Missèdois prononcer d'une seule voix cette devise, elle avait envie d'y croire, même un court instant. Cela faisait si longtemps que même les meilleurs crus n'étaient que des remèdes contre une trop bonne mémoire et que les mets les plus délicats ne servaient plus qu'à remplir un ventre noué, qu'à sentir les saveurs, les odeurs et musiques vibrante de netteté, il y avait forcément un peu de vrai dans la douceur de cette soirée.

Prise dans l'instant, oublieuse du masque de douceur paisible qu'elle portait en tout temps et en tout lieu lorsqu'elle n'était pas seule, Cécilie souriait sans retenue. Ses dents blanches tranchaient sur ses lèvres ourlées. Les topazes fixes qui ornaient son regard brillaient de gaieté alors que sa tête était partie légèrement sur le côté comme pour orienter imperceptiblement son oreille vers la foule. L'idée que son étrange regard puisse indisposer un quelconque vis à vis ne lui traversa pas l'esprit. Son expression vide de toute tension était si entièrement heureuse qu'elle en semblait prête à éclater de rire comme une enfant, répétant ces deux petits mots à l'aulne de l'assemblé des seigneurs.

Lorsque tous se rassirent et que Cécilie reposa son verre, les conversations fusèrent à nouveau, nettement plus bruyante qu'auparavant. Les rires semblaient plus clairs. La représentation qu'elle se faisait de la salle, plus précise. Alors que l'heure de quitter la table pour rejoindre la salle de bal approchait dangereusement, rattrapée par la situation, la jeune dame tentait à grand peine de contenir son sourire pour se calfeutrer derrière sa façade habituelle... sans grand succès. Alors que s'atteler à la tâche difficile de finir gracieusement son assiette - pourtant peu remplie à l'origine étant donné le temps qu'un tel exploit lui prenait - aurait put  l'aider à retrouver la maîtrise qu'elle cherchait, elle u se résoudre à laisser ses mains se chercher l'une l'autre, tordant ses doigts tout en tentant de raisonner son cœur. Entendre ces gens scander lui avait fait si forte impression qu'elle en tremblait légèrement. Elle expira longuement, souriant toujours à demi, et se demanda un instant si quelqu'un pouvait voir à quel point elle était touché...
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Second mariage, Première alliance | Ernest   Jeu 15 Juin 2017 - 4:02




Ernest eut l’air con, ne savant trop pourquoi tous les invités se levèrent de table à peine eurent-ils terminé de se bâfrer les taillis aux fruits secs. Du massepain plein la bouche, il observa avec incrédulité toute sa cour s’élancer à pas frétillants vers la galerie attenante ; ne restèrent à table que quelques vielles badernes aux mâchoires alanguies qui peinaient à s’enfiler les gaufres à la crème. Son épouse elle-même avait déjà rejoint les autres au bras de Rose, sa suivante, qui semblait particulièrement animée par la suite des évènements. Alors, le Comte sortit de son abêtissement et réalisa que l’heure fatidique du grand bal avait sonné. Cette prise de conscience tétanisante fut l’opportunité saisie par un reste de pâte d’amande rétif pour faire de l’esbroufe et le jeune homme fut aussitôt jeté dans une quinte de toux ininterrompue. D’abord joué pianissimo avec la retenue et grâce d’un solo de crincrin, ce concert en tousserie majeure vira vite à un grand orchestre de bombardes allègrement débridées. Le visage tirant sur le purpurin violâtre, Ernest se trouva engoué du gosier de bout en bout, frappant du poing sur la table, l’autre main, elle, accrochée à sa gorge empâtée tandis que sa vue commença à se brouiller. Ainsi, il allait pulvériser le record de Kalgar de Missède, fils de Farem II, qui ne régna que deux jours sur le pays avant de calancher des suites de la faveur empoisonnée de son frère, Viktor II de Missède. C’était, en effet, cette anecdote incongrue qui encombrait l’esprit du jeune Comte alors qu’il se sentit définitivement succomber sous l’asphyxie. On était bien loin des fadaises qui laissaient à penser qu’un mourant voyait toute sa vie défiler devant ses yeux avant de mettre les bouts. Et il avait, par ailleurs, déjà accepté que la dernière image qu’il emporterait avec lui au Royaume de Tyra était celle de Philibert de Voul, noble suranné d’Ybaen visiblement décidé à s’accrocher à la vie jusqu’à enterrer ses arrière-petits-enfants, dont le visage et l’esprit avaient été réduits à celui du chou-fleur avec les années, et qui, de son regard vide et inepte, considérait, impassible, le trépas de son suzerain, de la crème pâtissière jusqu’au front.

 

Une première secousse, puis une deuxième, la troisième fut la bonne. L’air s’engouffra dans ses poumons avec une force déchirante. Deux bras l’entouraient au-dessous de la poitrine et le maintenaient debout. « Je crois que tout est sorti, fit une voix dans le dos d’Ernest.
- Roland ? demanda ce dernier, haletant.
C’était en effet Roland de Valmu, lieutenant des Vertueux en poste à Edelys, qui aida Ernest à se rasseoir et lui offrit une coupe de reginglard après, bien sûr, lui avoir sauvé la vie.
- Mes excuses pour avoir manqué la cérémonie, le gel des routes m’a mis en retard.
- Je dirais… je dirais plutôt que tu es arrivé juste à temps, répondit Ernest alors que le vin aigrelet enflammait sa gorge déjà irritée. Louée soit Kyria et son hiver de mes deux.
- Tu cherchais à rentrer dans l’histoire en rejoignant le cercle des têtes couronnées aux morts les plus ridicules ? Tu aurais pu faire plus originale, ajouta-t-il, goguenard, en examinant le bout de massepain qu’il avait réussi à faire expectorer de son vieil ami.
- Rappelle-moi de faire proscrire la pâtisserie à Missède, dit le Comte en s’enfonçant de fatigue dans son siège.
Le temps qu’il lui fallut pour récupérer, Ernest écouta attentivement les nouvelles d’Edelys dont Roland se faisait le rapporteur. Tout allait pour le mieux. Et, malgré l’hiver qui avait ensommeillé la région, la populace, coincée chez elle à la faveur d’un bon feu de cheminée, avait le loisir de penser l’avenir du pays ; ainsi, le printemps venu, les convictions germineraient avec une vigueur renouvelée. Roland ajouta que les lieux de culte n’avaient pas désempli avec le froid, bien au contraire, et que le Sanctuaire des Cinq était une véritable réussite. Le Vertueux y alla de sa propre interprétation et expliqua que les récents troubles qu’avaient connu la baronnie et cet hiver singulièrement rude avaient conduit les édelysiens à faire preuve d’une dévotion exacerbée. Ce dernier détail résonna avec une observation qu’Ernest s’était déjà faite lorsque Jean de la Herse lui avait parlé de son intention de construire un sanctuaire en l’honneur des Cinq à la Ferté-Edelys. Les méninges du Comte se mirent rapidement en action mais il dut reporter son intention sur le moment présent lorsque Roland lui resservait une coupe et lui demanda comment s’était passée la cérémonie.
- Alden est là, dit Ernest, sans ambages.
Roland avala une longue gorgée de vin rouge tout en fixant Ernest de ses yeux verts. Puis, prenant d’abord le temps de s’essuyer la moustache d’un revers de main, il dit :
- Je lui avais dit de ne pas venir.
- Tu étais au courant ? répondit Ernest, stupéfait.
- On a commencé une correspondance après que tu m’as appris ce qui s’était passé à Rivelmon. Il m’a demandé de rendre visite à sa sœur.
Après avoir exécuté tous les de Béjarry pour le rôle qu’ils avaient joué dans l’assassinat de son frère et de son grand-père, Ernest avait gracié la jeune Manon de Béjarry et l’avait placée à la tête du fief, instaurant par la même occasion un droit d’ainesse strict sur les terres du Rocher. Bien qu’Alden n’eût eu plus aucun contact avec sa famille depuis de nombreuses années, Ernest ne sut dire s’il lui en voulait pour avoir rendu justice de la sorte. Sa dernière visite à Isgaard n’avait guère arrangé les choses, la distance et les nouvelles charges de chacun avaient mené leur relation à des summums de discorde que leurs enculades les plus cabrées ne pouvaient même plus étancher.
- Qu’est-ce qu’il t’a dit ? demanda Ernest alors que son genou droit s’agitait d’appréhension.
- À lui de te le dire, répondit Roland avant d’ajouter sous la pression du regard pénétrant de son vieil ami: Je crois qu’il souhaite rentrer, Ernest.
- La charge de Gouverneur d’Isgaard…
- C’est à lui que tu dois le dire, interrompit le Vertueux voyant l’emportement grandissant du Comte. Où est-il ?
- Dans la salle de bal, je suppose.
Roland s’esclaffa.
- Le bal! Cela explique pourquoi tu étais tout seul ici avec… est-ce que c’est bien le vieux de Voul ?
- Oui, dit Ernest en reportant son regard sur le vieil homme qui n’avait pas bougé ; un peu de crème avait néanmoins glissé de son front et couvrait à présent son œil gauche.
- Je croyais qu’il avait crevé l’année dernière.
- On l’a retrouvé sur une barque au milieu du lac d’Ybaen. Je gagerais que sa famille a encore essayé de se débarrasser de lui, en douceur. Ce ne sont pas de mauvaises gens, et puis, c’est vrai qu’il y a un âge où la vieillesse devrait avoir la décence de faire de la place. Mais il a tenu : récupéré par des pécheurs et ramené sain et sauf au manoir familial. Il n’a pas perdu toute sa tête, tu sais. Je pense même qu’il est beaucoup plus fin que toute sa descendance. À mon avis, il a juste décidé de la fermer, penses-tu, le pauvre, c’est sans doute le meilleur moyen pour qu’on lui foute la paix. À son âge, on doit avoir tout dit, tout entendu.
- Et le jeune Ernest, Comte de Missède, en vint à éprouver de la sympathie pour Philibert de Voul parce qu’il ne voulait pas danser, dit Roland, l’air goguenard. Car c’est bien pour ça que tu n’as pas rejoint les autres pour le bal, je me trompe ?
- Le tourdion et la pavane ne figurent pas au programme de formation des gardes de la bibliothèque, répondit Ernest.
- Je crois me souvenir que ta grand-mère avait fait dépêcher un maitre de danse à la Couyure, rien que pour toi.
Les sarcasmes de Roland avaient du vrai. Bien qu’Ernest fût élevé loin du faste des cours, Edna d’Ethin avait tenu à ce qu’il reçoive quelques apprentissages que son sang noble requérait selon elle. Ainsi, pendant quelques mois de son adolescence, elle avait fait en sorte que son petit-fils bénéficie de cours de danse de salon au bastion de la Couyure, logis des Vertueux de Missède.  
- Je n’ai pas... pratiqué depuis, répliqua Ernest, mortifié jusqu’à la moelle par cette histoire.
- Fort heureusement, je suis fin pédagogue, rétorqua Roland en posant une nouvelle coupe de vin pleine à ras bords devant son ami. Plusieurs autres suivirent et lorsqu’il jugea qu’Ernest avait bien (ap)pris, il l’emporta tout de go vers la salle de bal. »


La somptueuse galerie était illuminée de riches chandeliers dont l’éclat venait frapper moult miroirs qui couvraient les murs et une partie du plafond. Des sourires accueillirent l’arrivée d’Ernest, suivi de près par Roland, qui annonçait le début imminent de la première danse. Le Comte s’avança en direction de son épouse. En chemin, il remarqua Alden qui se tenait dans un coin de la salle, tel un fantôme qui le hantait ; Ernest sentit le haut de son corps se tourner vers le Gouverneur tandis que ses jambes continuèrent d’avancer vers Cécilie. Une confusion corporelle qui l’aurait fait trébucher si ce n’avait été pour l’aide renouvelée de Roland qui s’assura que son suzerain et ami gagne les abords de la Comtesse avec autant de grâce et dignité que la griserie de ce dernier lui permettait d’orchestrer. Face à Cécilie, Ernest s’inclina puis s’approcha au plus près d’elle, plaçant ses mains où il croyait se souvenir qu’elles convenaient d’être et, finalement, juste avant que les premières notes des ménestrels ne résonnent, il murmura : « Faites-moi danser, Cécilie. Faites danser le jeune garçon qu’on envoya grandir à l’ombre de la Couyure. » Musique.

 


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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Second mariage, Première alliance | Ernest   Sam 17 Juin 2017 - 19:55


Son voisin de gauche, ce cher régent d'Ybaen, avait diligemment escorté la jeune Comtesse vers la salle de bal lors de la brusque envolée des seigneurs et dame à l'annonce de la fin du repas. Cécilie avait n'avait ps même pris la peine de saluer son époux, pensant qu'il suivait le mouvement comme tout un chacun et elle faisait son possible pour suivre son pas en se concentrant, sachant qu'il n'avait sûrement pas l'habitude de faire attention à tous ces petits détails nécessaires à garder à l'esprit lorsqu'on conduisait quelqu'un qui ne pouvait éviter ni les encadrements  de porte un peu trop étroites ni les coins de meubles un peu trop saillants. Fort heureusement, ils marchaient suffisamment lentement et faisait suffisamment attention pour que, lorsque l'instant fatidique de la rencontre de la hanche de la mariée avec l'une des statues récupérés à Diantra debout dans le couloir, seuls deux ou trois regards s'emplissent d'amusement en la voyant clopiner sur deux ou trois pas pour reprendre son équilibre.

« Votre grandeur ! Je suis navré !
- Ce n'est rien du moment que vous vous rattrapiez sur la piste de danse.
Bien qu'elle ne puisse le voir, il se pencha avec un sourire amusé.
- Ce sera un honneur. »

Près de la porte de la salle de bal, Rose attendait son amie. Elle n'avait pas participé au dîné, réserver à des noms bien plus importants que le sien, mais ici, elle pouvait se glisser dans l'assistance sans dépareiller. Le régent d'Ybaen s'inclina et laissa la comtesse au bras de sa dame de confiance pour s'en aller rejoindre sa propre épouse. Les tintement de corde et les sifflements des corps de bois faisaient faiblement vibrer l'air dans la grande salle. Dans un coin légèrement surélevés, un groupe de musiciens forts sérieux tiraient de leurs instruments de discrets accords avant de lancer enfin la première danse.

Les discussions et les rires allaient bon train. Le soleil, déjà timide en fin d'après-midi à cause de nuages de plus en plus épais, avait finit par disparaître. En cette époque, il ne semblait vouloir faire que de rares apparitions quotidienne, se laissant admirer et aimant se faire désirer. Peu habituer à de telles températures, les Missèdois brûlaient littéralement la chandelle par les deux bouts, augmentant braseros et âtres au point que Cécilie craigne déjà que les réserves de bois ne tiennent pas l'hiver, mais le jour n'était pas au tracas et c'était avec un réel plaisir qu'elle pouvait avancer dans la tiédeur au milieu des autres invités. Mais avant de pouvoir s'éclipser discrètement pour se refaire une beauté et profiter de quelques moments de silence, il y avait un détail que ni elle ni son époux n'avait eu l'idée d'éclaircir avant ce soir : la traditionnelle danse des mariés... Etant donné comment s'était déroulé la chose à Diantra, la jeune femme ne pouvait qu'éprouver une certaine appréhension... Certes, si elle devait éprouver de l'angoisse pour toutes les choses qui s'étaient mal passées à Diantra, elle n'aurait plus eu une seule minute pour angoisser à propos de l'avenir, mais tout de même. L'idée de rester seule au milieu de la piste au centre des regards et des rires discrets était particulièrement incommodant.

Pourtant, la voix d'Ernest n'était pas perceptible.

« Ou est-il ? Demanda-t-elle à voix basse.

Prenant quelques secondes pour comprendre de qui Cécilie pouvait bien parler, Rose finit par répondre en fronçant les sourcils, tournant sa tête fine de droite et de gauche pour tenter d’apercevoir le profil que son amie cherchait.

- Je ne le voix pas. Il doit encore être à table... » Elle ouvrit un peu plus grand les yeux, ajoutant à voix basse « Par contre votre frère vient par ici avec Jocelyn. »

Avançant d'un pas cadencé, coude à coude avec un jeune homme de haute taille aux cheveux bruns et aux épaules déjà large pour le jeune âge que criait son doux visage, la silhouette altière et sèche de Gaël se dirigeait dans la direction des deux femmes. Le blondinet semblait levé le menton plus haut que d'ordinaire, fier comme un paon au côté de ce qui devait être un ami qui lui aussi rayonnait dans sa livré volontairement sobre et rappelant les uniformes militaires. Le jeune homme aux cheveux sombres devait être plus âgé de quelques années et pourtant leurs expression présentaient la même maturité concernée et appliquée. Rose ne doutait pas que d'ici quelques coupes de vin, leurs yeux se baisseraient avec plus de nonchalance sur les courbes des danseuses, mais il fallait sûrement connaître le jeune seigneur depuis toujours pour douter de son visage angélique... et il fallait avoué que la fougue de la jeunesse allait comme un gant à ces deux jeunes coqs. Plusieurs jeunes demoiselles se plaisaient d'ailleurs à les suivre du regard, se croyant discrètes, mais aucune n'obtenait plus d'une brève et intense œillade de ces chasseurs en quête de gloire.

« Ma sœur !
- Gaël ! Tu as disparu si vite en sortant de table que j'ai bien cru t'avoir perdu pour la soirée »

Après avoir rapidement saluer Rose en l'appelant simplement 'Madame', il vint jusqu'à saisir les main de celle qui attirait tous les regards et toutes les conversation pour la journée. S'il entendait encore une femme s'extasier sur la robe de soie de sa sœur, Gaël allait réellement finir par quitter les lieux ! Mais en attendant, il ne pouvait nier que cette soirée avait quelque chose d'exceptionnellement festif après tout ce qui s'était passé. Du haut de ses seize années, et même s'il n'aurait jamais avoué à quel point son père et sa mère lui manquaient aujourd'hui, il avait l'impression de pouvoir enfin profiter d'un peu de calme malgré l'hiver. Melisande était restée à Beaurivages à cause du froid, il n'avait donc même pas d'enfant à surveiller. Juste Colombe et elle avait un chaperon bien plus assidu que lui ! Cette vieille nourrisse devait la rendre chèvre...

«  Bien sûr que non. J'ai simplement vu une connaissance dans la foule. » Il ne garda que l'une des mains de sa sœur dans la sienne, une habitude d'enfance égard du à sa t... sa différence, et se tourna à demi pour présenter son compagnon « Je suis accompagné de Edgar d'Heucville. Je t'avais déjà parlé de lui et de son frère il me semble.
- Mes félicitation pour votre mariage Comtesse. » glissa le Edgar en question en exécutant une révérence parfaite à la quelle Cécilie répondit par une légère inclinaison du dos.
- Je vous remercie, sire. Il me semble que vous avez été adoubé à l'automne c'est bien ça ?
- C'est exact. Par mon mentor Olivier de Baden.
- Un grand homme. Les vertueux ont de la chance de l'avoir. » Plusieurs hochements de tête silencieux. Rose toussa légèrement pour rassurer Cécilie qui reprit, toujours aussi badine « Dites-moi, je me suis laissée dire que vous briguiez la voie royale vers la garde de la bibliothèque.
- Seulement si mes supérieur et Votre Grandeur m'en pense digne.
- Ne soyez pas si flagorneur. La franchise est la plus douce des vertus à mon oreille.
- La franchise est toujours une vertu... avant qu'elle ne soit exercée...
- Vous vous piquez d'esprit. Faites attention, sire, vous pourriez faire tourner bien des têtes ce soir...
- Alors puisse la votre en faire parti.
- Quel inconvenant jeune homme » rit-elle de bon cœur avant de reprendre un peu de sérieux « Votre père a fait forte impression à feu notre bon Baron Viktor. Tachez de suivre son exemple car si avez moitié moins de talent à l'épée que d’audace, nous aurons à notre côté un chevalier d'exception.
- Le compliment me va droit au cœur Votre Grandeur.
- Si tu veux bien nous excuser... enchaîna Gaël ayant visiblement aperçu quelqu'un d'autre.
- Bien sûr.
- Ce fut un honneur, Comtesse.
- Moi de même, Sire Edgar. »

Il ne fallut pas longtemps pour que d'autres rencontres se face et se défassent. Et il ne fallut pas non plus bien longtemps pour que l'intendant vienne chercher Rose à propos d'une lettre urgente reçu du nord à l’intention de Cécilie. Elle n'était pas là depuis cinq minutes...

Cécilie, restée seule avec quelques dames de la cour qui parlaient avec entrain de futilités totalement inaccessibles à une aveugle, en profitait pour écouter les mots d'une oreille distraite et profiter un peu de la première danse qui commençait.

« Et elle portait une parure extravagante. Vous imaginez ? Alors que Diantra était en cendre. J'ai bien cru mourir de honte.
- Je vous comprend parfaitement. Mais avec un mari pareil, mieux vaut faire oublier ses premières rides...
- En parlant de mari, roi de la fête a disparu?
- Je l'ai vu en quittant la table, il finissait son repas. La journée à dut être longue, les hommes ont besoin d'un peu de solitude dans ce genre de réceptions
- Allons allons mes dames, soyez charitables envers nous. Vous mettez toujours notre endurance en cause. »


Quelques rires fluets ou exagérés furent vomis par les volailles qui venaient de se faire déranger par deux sires légèrement éméchés. L'une d'elle pris sa fille sous son bras et disparue en quelques secondes. Une autre accepta de participer à la seconde danse de la soirée. Tous s'égaillèrent et bientôt il ne resta que la Comtesse... Enfin presque...

«  Dame de Laval... Ou devrais-je dire Dame de Missède à présent. »

Cécilie sursauta. Cela ne se pouvait...

«  Alexandre... c'est bien vous ? »


L'homme se glissa à son côté, venant doucement saisir sa paume, pressant le bout de ses doigts. Bientôt, des lèvres frôlèrent le revers de sa main avant que cette dernière ne soit relâchée.

« Votre oreille est toujours aussi remarquable, je pensais pourtant que ma voix avait changé depuis nos seize ans...

- Mais pas votre façon de prononcer mon nom. »

Alors qu'elle couvrait le dos de la main qu'il avait embrassé de la paume de sa jumelle, toutes deux placées sur la broche de vermeille qui fermait sa ceinture, un silence légèrement gêné fit craquela la mélodie enlevée des musiciens. Ce fut finalement la jeune femme qui dut se résoudre à le rompre, désespérant en une fraction de seconde de voir le retour de Rose la sauver de cette étrange rencontre.

«  La soirée est-elle a votre goût ?
- Moins fougueuse que dans le temps, mais oui. Votre talent pour les festivités n'a pas changé. Ma femme est aux anges.
- Votre femmes ?
- Oui. Il y a deux ans. Marie est d'une patiente infinie, surtout avec notre fils, Théophile.
- Félicitation dans ce cas. »

Une fois de plus, un silence. Mais cette fois, elle ne craquerait pas... Se tournant vers l'origine de la musique, elle souriait avec ferveur.

«  Votre frère m'en v...
- Votre Grandeur, enfin je vous trouve. »

La voix de Rose coupa net celle de l'homme, rassérénant d'un seul coup son amie. Une coupe de vin tomba dans la main de la comtesse alors que Rose continuait avec une emphase théâtrale comme savent si bien en jouer les Missèdoises.  

« J'ai croisé Léona de Faviar et sa nièce, il faut absolument qu'elle vous la présente. »

S'emparant du bras de Cécilie, elle s'inclina face au seigneur, s'excusa prestement et entraîna son amie dans la direction de Léona. Elle allait reprendre la parole à voix basse lorsqu'une arrivée impromptue leur coupa la route.

«  Comte, Lieutenant de Valmu. »

Une fois sacrifié à la politesse, Ernest s'inclina pour inviter sa femme à danser, l’accompagnant de quelques pas vers le centre de la salle avant de la prendre presque précipitamment par la taille. A sentir son souffle proche de son visage, Cécilie ne put que froncer le nez : Il n'était tout de même pas totalement ivre...

« Faites-moi danser, Cécilie. Faites danser le jeune garçon qu’on envoya grandir à l’ombre de la Couyure. »

La phrase était prononcer avec une telle sincérité et un tel lâché prise qu'elle en était surprenante. Alors que la jeune femme était sur le point de s'écarte vigoureusement, prête à faire un scandale s'il était déjà trop aviné pour comprendre, cette simple demande lui arracha une respiration profonde et un léger sourire. La figure légèrement détournée de celle de son vis à vis, un réflexe plus qu'une volonté, elle glissa ses mains sur celles d'Ernest pour rectifier légèrement leurs positions.

«  Il faudra que vous voyez pour deux. Évitez que nous ne heurtions quelque chose et imitez moi. » chuchota-t-elle à son attention sur la première note.

Se laissant porté par le rythme, heureusement assez lent, ils enchaînèrent les premiers pas. Gardant la main dans celle de son époux même lorsqu'ils auraient du se séparer entièrement pour des raisons évidente, les mouvements s'entrelaçaient avec la musique. Elle en avait simplifié certains de manière à ce qu'Ernest ait le moins d'hésitation possible et puisse se caler sur la musique plutôt que sur  la réflexion que demandait les pas. L'alcool aidant, il ne devait pas trop se poser de questions remarques... Consciente des autres danseur seulement par le bruissement de leurs pas et de leurs vêtements, elle s'en remettait à la vigilance de son cavalier.
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Ernest de Missède
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MessageSujet: Re: Second mariage, Première alliance | Ernest   Lun 19 Juin 2017 - 20:21









Dernière édition par Ernest de Missède le Mer 21 Juin 2017 - 17:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Second mariage, Première alliance | Ernest   Mar 20 Juin 2017 - 1:13


20/06/2017
Bonsoir à tous.

RP placé en stase afin de laisser le temps au staff de récolter les informations nécessaire à son déroulement futur. Nous préviendrons les joueurs concernés au plus vite une fois celui ci déverrouillé.

Le Staff







EDIT : 21/06/2017(obsolète):
 






EDIT : 23 /06/2017


De nouveaux éléments RP ont été portés à notre attention.
La joueuse d'Aelalia a montré le bout de son nez sur la CB.

Pour ces deux raisons et puisque rien n'a encore été re-RP, nous mettons notre arbitrage en stand by en attendant d'avoir des réponse de la principale intéressée.

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MessageSujet: Re: Second mariage, Première alliance | Ernest   

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Second mariage, Première alliance | Ernest
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