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 Alberto Lavazza [Roderik]

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MessageSujet: Alberto Lavazza [Roderik]   Dim 11 Juin 2017 - 19:16

3ème énnéade de Karfias

Judith était seule.

Non pas seule au sens propre du terme - une escorte l'ayant accompagnée; mais aucun des gardes n'était un confident. Aube était partie avec le savant philosophe, Nuit était parti en Estrévent, et malgré l'insistance de son fils à vouloir l'accompagner, elle ne put se résoudre à le laisser abandonner son marquisat en une période si rude. Son fils... La femme leva la tête vers le ciel, dégagé pour la première fois depuis des énnéades, se demandant comment avait-elle pu faire preuve d'un si mauvais jugement. Elle qui s'était promise de ne plus tenter de manipuler Louis après l'épisode du concile, Judith s'était vite rendue compte qu'elle fut la seule à se faire telle promesse.  Cléophas, en tout cas, avait bien joué son jeu. Louis était véritablement piégé dans son rôle de régent et de représentant du Roi, et cette inattendue promotion accordée à Roderik faisait drastiquement basculer l'équilibre politique récemment reétabli à Sainte-Berthilde.

Mais Judith était une femme prévoyante. Dès la retraite des troupes hors d'Etherna, elle avait réfléchi aux répercussions politiques d'un tel événement, ainsi que d'une telle prise de position.  Avec ses conseillers, elle avait conclu sur les justifications à prendre, ainsi que sur les mesures appropriées pour éviter qu'un tel événement ne se reproduise, et l'une des conclusions plus importantes était la nécessité de s'assurer de la bonne foi de la Couronne… Ou plutôt, de ceux qui la manipulent. D'autres mesures concernaient la nomination de nouvelles charges en Sainte-Berthilde, qui, légalisme oblige, ne pouvaient être que l'objet d'une décision du Roi, actuel détenteur des terres berthildoises. Sur une autre note, le voyage avait été utile pour Judith qui, obligée de s'arrêter à chaque auberge et chaque domaine pour ne pas mourir de froid, en avait profité pour vérifier auprès des seigneurs que le message sur la gestion active des ressources alimentaires ainsi que du bois et des tourbes se faisaient comme attendues. Bien évidemment, chaque région avait sa petite variante, mais, pour la plupart, suivaient les recommandations de Judith d'Hardancour, qui, à défaut d'être une véritable célébrité, était connue dans le territoire marquisal pour "ne point manquer de raison, à la différence de son ours de mari". Mais enfin, ces mots dataient du vivant de Godfroy. Qui sait si les nobles se rappelaient encore de la veuve. Ainsi, jusqu'à Sharas, les gens ne semblaient manquer de bois pour se chauffer, même si les mesures contre les spéculateurs avaient bien évidemment fait quelques mécontents parmi les opportunistes.

Passé la Route d'Or, le voyage se simplifia et le temps s'adoucit dès lors que le groupe atteignit Missède; et ce fut non sans regret qu'elle contempla ce duché qui aurait pu être l'un des plus grands alliés de Sainte-Berthilde. La dernière lettre de Méliane, porteuse d'espoirs, avait montré que malgré la disparition d'Oschide, un accord aurait pu être envisageable. Mais le couple ducal était mort, et avec eux,  semblait-il, l'espoir langecin. Judith repensa à la dernière fois qu'elle avait pris cette route –bien que sur le tronçon entre Merval et Diantra, soit bien plus loin- était pour assister, non sans fureur de la part de Godfroy, alors son mari d'une dizaine d'année, au couronnement d'Emma par nul autre que le roi lui-même. Ses lèvres lui arrachèrent un sourire amer, et ses yeux rougis, quelques larmes, tandis qu'elle se rappelait de qui était assis en face d'elle durant toute la durée de ce voyage, il y a si longtemps.




***

"Madame, nous sommes arrivés."


Il était encore tôt le matin, mais le soleil réchauffait déjà les coeurs berthildois, même s'il faisait quand même frisquet pour le mervallois moyen.

"Bientôt trente jours, compta Judith.
Bons dieux, et nous qui pensions être rapides."

"Ce n'est pas faute d'avori essayé. Je crois bien que même un cheval au pied léger n'aurait pas pu faire mieux, madame,"
fit Jeanne, que Judith avait emmené avec elle pour s'assurer d'être présentable.

"Tu n'as pas tort, même si cela m'attriste au plus haut point d'admettre notre lenteur.
Jacques, demanda Judith à l'un des gardes à cheval, trouvez-nous une hôtellerie de bonne réputation, que nous puissions nous rendre présentables avant de demander audience. Et dépêchez-vous, mon bon monsieur. Il fait peut-être beau ici, mais gardez en tête nos frères et sœurs mourant de froid tandis que nous nous prélassons sur les routes suderonnes."

Quelques heures plus tard, en fin d'après-midi, requinqués et présentables, ils se présentèrent devant le palais. Judith, vêtue d'une tenue bleue foncée, avait misé sur la sobriété et sur le style nordique, elle qui pourtant ne se gênait pas de porter quelques grelots estréventins pour les grandes occasions. Mais passé était le temps des grandes occasions, du maquillage, du ruban de soie; venu était le temps des épreuves et de l'adversité. Judith représentait un peuple qui mourait de froid. Et elle comptait bien marquer le coup jusqu'au détail le plus insignifiant.

Le carosse s'arrêta, et Judith, du haut de son bleu sombre face à la lumineuse ombre des blanches pierres du Porphyrion, descendit, et avant que ses gardes ne l'annoncent, elle en prit elle-même l'initiative.

"Nous venons demander une audience auprès du Grand Chancelier, Roderik de Wenden, Comte d'Arétria et Héros d'Amblère."

Héros d'Amblère, reproche douceureux envers la piétaille du Sud qui ne connaissait des drows que leurs gras princes marchands. En plus d'être un titre, qui, sur la longue liste des titres qu'il s'était attribué d'après la rumeur, était pourtant pour Judith le moins négligeable auprès de l'ensemble du peuple du Royaume. Un titre en l'honneur de la seule guerre depuis des siècles qui, durant un court moment, avait fait battre les coeurs des péninsulaires comme un seul homme.

Comme il se devait d'être, dans le vrai Royaume des Hommes..
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Roderik de Wenden
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MessageSujet: Re: Alberto Lavazza [Roderik]   Mer 14 Juin 2017 - 16:24


L'on ne fit guère attendre Judith d'Hardancour. Passés un certain nombre de couloirs, de galeries et de cloîtres et d'interminables marches harmonieusement taillées dans la roche, on l'introduisit dans un petit cabinet envahi par une lourde pénombre. Un domestique vint allumer quelques chandelles, répandant une lumière chaude dans la pièce, dévoilant des murs ornés de fresques et de tapisseries et de confortables banquettes. On la pria de s'installer ; le Chancelier arriverait sous peu.

Les affaires royales n'étaient plus traitées dans la haute salle du Porphyrion. Le saint des saints de la colline sacrée où tenait audience le prince de Merval, demi-dieu aux yeux de son peuple, avait renoué avec ses racines. Un mois plus tôt, un mal étrange avait contraint le prince Cléophas à s'isoler. Roderik, en tant que Chancelier du Royaume dont Cléophas était le Régent, avait alors investi la longue salle aux encensoirs, la jugeant idéale pour y tenir audience et traiter les affaires publiques de la cour en exil. Sans le savoir, il avait courroucé nombre de Mervalois : le Porphyrion était leur colline sacrée, la haute sphère politique, religieuse et culturelle de la cité de Merval, et les affaires du royaume leur étaient étrangères. Que leur prince fut Régent de ce même royaume était une chose, mais le Chancelier n'était pas leur prince et il n'était pas Mervalois. Ainsi, innocemment, Roderik avait mis une première fois les pieds dans le plat.

Il avait fallu attendre le retour soudain de Cléophas, que Roderik imaginait pourtant au plus mal, pour qu'il réalise l'erreur qu'il avait commise. A présent, les choses retrouvaient leur sens : la haute salle du Porphyrion était de nouveau imprégnée des volutes de fumée déversées des encensoirs ornant les marches du trône ; le prince de Merval siégeait de nouveau en sa cité. Et Roderik recevait maintenant ses grands visiteurs en une salle plus discrète. Qu'importe ; une fois Diantra reprise, les affaires royales occuperaient la véritable salle du trône, celle que le roi n'eut jamais dû quitter.

Une autre raison expliquait cette volonté soudaine de Roderik de respecter la culture mervaloise : la puissante inclination des locaux à l'impiété le mettait de plus en plus mal à l'aise, et il lui semblait inopportun de traiter les affaires d'un royaume bâti sur les fondations du pentisme, le culte des Cinq, en un lieu où l'on vénérait des images de dieux reptiliens. Merval avait ses coutumes, et parce que la régence avait octroyé à l'ancienne baronnie son indépendance du royaume, Roderik était tenu de fermer les yeux. Cela étant, il priait la DameDieu que Bohémond ne grandisse pas dans un cadre si peu propice à une bonne éducation pentienne. A bien des égards, cette impiété le gênait et l'inquiétait ; mais il n'évoquait jamais le sujet devant Cléophas. Il préférait fermer les yeux et se confortait dans l'idée que le Régent, quelles que soient ses convictions profondes, était digne de confiance. Car Cléophas avait sauvé le roi, et respectait de toute évidence les idéaux du royaume : lorsqu'il égrenait les titres de Bohémond, il ne manquait jamais de rappeler que ce dernier était roi par la bienveillance de Néera la DameDieu. Roderik s'en contentait.

Il arriva peu après Judith. Il était revêtu d'une grande tunique mervaloise, turquoise à deux galons d'argent, et son front arborait un bandeau d'argent. Cet habit mervalois tranchait avec la longue barbe noire qu'il arborait désormais, et il n'avait pas perdu cette manière de se mouvoir, le front haut et les épaules droites, qui lui avait toujours conféré une certaine allure martiale ; si bien qu'il incarnait plus que jamais le nordien vêtu à la mode du sud. Il se présenta face à Judith et la considéra un instant sans mot dire. D'emblée, il fut frappé par la simplicité de sa mise, lui qui se souvenait de la dame élégante aux bijoux éclatants et aux robes de soie estréventine ; mais elle avait affronté l'hiver pour venir, un hiver qui, disait-on, était bien plus rude qu'il ne l'était lorsque Roderik avait quitté son comté d'Arétria. Cette rigueur hivernale, on la sentait jusqu'à Merval ; mais il ne faisait nul doute qu'elle était sans commune mesure avec ce que devait endurer le Nord.

« Dame Judith, je suis honoré », dit-il, et il se pencha en avant pour déposer un baiser sur sa main froide. « Vous avez dû endurer tout un périple pour arriver jusqu'ici. »

Un sacré périple, certainement ; et parce que l'on ne s'infligeait jamais de telles difficultés sans que le jeu n'en vaille la chandelle, Roderik savait bien que cette visite n'était pas une visite de courtoisie. Elle aurait difficilement pu l'être, d'ailleurs ; après tout, il n'avait pas quitté les Saint-Aimé comme les Hardancour en très bons termes. Pourtant, en cet instant, le souvenir qui lui vint évoquait des temps plus cléments, lorsque régnait entre eux une relative bonne entente. Un an plus tôt, il avait porté les couleurs de Judith au tournoi de Serramire. Il avait dîné avec Judith et son époux Godfroy de Saint-Aimé, le puissant cerf ; et ils avaient évoqué ensemble les temps glorieux de la chevalerie, lorsque le royaume était uni. A l'époque, Roderik croyait qu'ils pouvaient être amis. Mais il croyait aussi que le roi Bohémond était mort, parce que Godfroy l'avait affirmé haut et fort. Aujourd'hui, Roderik avait la conviction que Godfroy avait menti afin de faire main basse sur le marquisat de Sainte-Berthilde. A ses yeux, Godfroy l'avait trompé et avait sali son honneur. Mais Godfroy était mort, emportant son secret dans l'Outre-monde, et désormais Judith était sa veuve.
Elle était aussi la mère d'un jeune homme hostile, Louis de Saint-Aimé, le jeune faon, qui espérait encore qu'on le reconnaisse marquis de Sainte-Berthilde comme son père. Etait-ce cela qui avait mené Judith à braver les vents terribles de l'hiver ?
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Alberto Lavazza [Roderik]
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